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Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
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Edito du journal Allo 702 - Février 2026
Jean place cette confession de foi dans la bouche de Jean le baptiste. L’agneau de Dieu renvoie dans notre imaginaire à un sacrifice, et en particulier au sacrifice pour le pardon. Or dans la Bible hébraïque, l’agneau était utilisé pour l’holocauste, un sacrifice distinct de celui pour le pardon, qui vient après, quand les péchés sont déjà pardonnés. L’holocauste, c’est une offrande consumée par le feu pour le Seigneur, qui dégage une odeur agréable, offerte à l’entrée de la tente de la rencontre. C’est un signe de la relation spécifique entre Dieu et son peuple. C’est un geste qui entretient et favorise la relation entre les humains et Dieu. Jésus est un signe de la relation entre Dieu et son peuple, un trait d’union à l’initiative de Dieu.
Cet agneau de Dieu porte, ou enlève, le péché du monde. Il le prend sur lui. Il se l’approprie, il l’assume. Il se l’approprie pour en faire quelque chose d’autre. Le « péché du monde », chez Jean, c’est de ne pas croire en Jésus-Christ (Jn 1.10 : « La Parole était dans le monde et le monde est venu à l’existence par elle, et pourtant le monde ne l’a pas reconnue. » Jn 16,9 : « Pour ce qui est du péché, il réside en ceci : ils ne croient pas en moi »).
Le péché chez Jean, c’est la non-relation, ou la relation faussée. Le péché du monde, c’est son incapacité à reconnaitre la présence de Dieu. Son incapacité à reconnaitre Jésus, Dieu incarné, qui vient dans le monde et assume, porte, cette incapacité à voir les choses autrement que ce qui est palpable, cette incapacité à croire. L’agneau de Dieu a connu le monde de l’intérieur, et de l’intérieure, il permet de croire, malgré tout, à travers lui… Jésus-Christ vient croire en nous quand nous restons incrédules. Paul ne parle d’ailleurs pas de la « foi en Jésus Christ » avec un datif (Jésus serait l’objet de notre foi), mais de la « foi de Jésus Christ », avec un génitif (Jésus est celui qui a la foi, qui croit en nous quand nous ne pouvons pas croire).
Le Christianisme, c’est la reconnaissance de notre incapacité à croire et notre ouverture à l’altérité de Dieu, qui vient croire et agir en nous, pour nous, par nous. Le Christianisme n’est pas à défendre, il est à accueillir et à vivre. C’est le contraire de la puissance, de l’affirmation de soi, de l’identité auto-proclamée. Le Christianisme, c’est le choix de la non-puissance, de la faiblesse pour que Dieu y manifeste sa puissance ; c’est le choix de la communauté comme attestation mutuelle de la foi de Jésus-Christ, le contraire d’une performance, un jaillissement de l’Évangile. Henry Mottu affirme « l’Eglise est ce lieu singulier, là et quand l’Évangile retentit et les sacrements sont célébrés, là et quand chacun-e est reconnu-e en son unicité, là où l’on peut expérimenter ce que Arendt appelle “la grâce rédemptrice du compagnonnage.” » Avec Jésus comme premier compagnon…
Claire Sixt-Gateuille