« Oser témoigner de l’Évangile dans un monde fracturé » C’est le thème de réflexion du synode régional qui se tiendra du 20 au 22 novembre à Dourdan. Les délégués débattront de la recherche d’une parole commune pour dire l’Évangile dans notre société d’autant plus polarisée que s’approchent les élections présidentielles. Je ne sais pas s’il a été un jour « facile » de témoigner de l’Évangile. Mais aujourd’hui, le contexte est particulièrement difficile.
Difficile parce que les lignes de fracture de notre société traversent aussi nos Églises.
Difficile parce que l’Évangile n’est plus une référence, même implicite, dans notre vie publique (même si je suis persuadée qu’il reste une référence inconsciente : les valeurs humanistes puisent profondément leurs racines dans la réinterprétation morale qui en a été faite aux XVIIIe et XIXe siècles ; les valeurs de l’économie sociale et solidaire sont nourries des réflexions des protestants sociaux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, etc.) ; le dossier pré-synodal affirme que « la surface de contact entre l’Évangile et le monde semble en train de se réduire ».
Difficile parce que la complexité du monde rend par contrecoup complexe l’élaboration de formulations accessibles et pertinentes de l’Évangile pour aujourd’hui, et que les expériences et attentes des gens sont très diverses.
Difficile parce que la nuance demande du temps pour s’élaborer et s’exprimer, et que tout va trop vite.
Difficile parce qu’il n’est pas facile de croire l’évangile libérateur quand l’omniprésence de la technique, les formes actuelles d’exercice du pouvoir et de management semblent produire impuissance et déterminismes.
Difficile enfin parce que l’éthique chrétienne insiste sur la liberté et la responsabilité alors qu’il est de plus en plus malaisé de s’orienter vers les bons choix et de prévoir les conséquences à long terme de ces choix. Dans le document de présentation du sujet synodal, un mot (grec) revient : parrhêsia, qui signifie « liberté de langage, franchise, pouvoir de parler librement ». La première épitre de Jean (que j’ai commentée dans les prédications de cet été) en parle comme de l’assurance, voire l’audace de nous réclamer de l’amour de Dieu et de nous déclarer à son bénéfice. Contre la fatigue d’être soi, comment annoncer avec audace le bonheur du « donné » qu’est notre identité d’enfant de Dieu, offerte en Christ ? Comment tracer avec confiance un chemin de crête entre repos en Dieu et vigilance pour préserver la dignité d’être humains à l’image de Dieu ? Les délégués de notre Église locale, Laurent Metzger, membre du Conseil presbytéral, et la pasteure que je suis participeront aux débats. N’hésitez pas à partager avec nous vos questionnements, vos idées ou vos réflexions.
Claire SIXT-GATEUILLE