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Gouvernance de l’Église : une théocratie partagée
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Edito du journal 701 - mois de mars
« Le Seigneur seul doit conduire et gouverner son Église […] par sa seule Parole. Cependant, comme il n’est pas présent avec nous, de façon visible, de telle sorte que nous puissions entendre de sa voix quelle est sa volonté, Dieu se sert des hommes, comme s’ils étaient ses représentants (Luc 10.16), […] pour accomplir, par eux, son œuvre, à la manière d’un ouvrier avec son outil. » (Calvin, Institution de la reli- gion chrétienne1 , 4/III/1).
Les protestants s’enorgueillissent parfois de leur organisation ecclésiale “démocratique”, par opposition à une organisation catholique romaine hiérarchique. Il y a là un malentendu, courant mais réel, sur l’exercice de la gouvernance dans l’Église. Calvin est très clair : seul Dieu doit gouverner son Église ; celle-ci n’est donc pas une démocratie mais une théocratie. Il ne s’agit pas pour l’Église de se fixer ses propres règles et d’affirmer la souveraineté du collectif de ses membres, mais au contraire de discerner la volonté de Dieu et d’affirmer la souveraineté de celui-ci sur elle-même et sur le monde. Cela passe par la lecture de la Bible et la prédication, à travers laquelle la Parole de Dieu se révèle, et par la prière, pour demander à l’Esprit -Saint de se manifester en nous et assurer ainsi le meilleur discernement possible.
C’est là que la ressemblance avec la démocratie apparait : puisque tout croyant est prêtre, puisque le Saint-Esprit peut se manifester en chacun des fidèles, il convient de donner la parole au plus grand nombre de membres d’Églises pour obtenir le meilleur discernement possible de sa volonté… D’où les assemblées générales où tous peuvent s’exprimer même si, conformément à la loi française, seuls les membres de l’association cultuelle peuvent voter et les consultations sur les thèmes synodaux, ouvertes à tous les paroissiens. Ensuite, chaque Église locale envoie deux délégués au synode régional, et le synode envoie une délégation au synode national, où une troisième phase de discernement s’opère. Les décisions prises au niveau national sont transmises au niveau local. Commence alors une dernière phase de discernement, celle de la réception ou non des décisions nationales, de leur appropriation par les Églises locales.
Parce que le discernement ne peut se faire que dans l’écoute et l’attention à l’autre, grâce à l’Esprit-saint demandé collectivement dans la prière, il ne peut se faire à l’avance, mais émerge du débat. C’est pour cela que la personne qui reçoit un « pouvoir » (donc qui représente quelqu’un d’autre à l’assemblée générale) ne reçoit pas de « consigne de vote ». Ce n’est que sur le moment, après lecture de la Bible, prédication (« annonce de la Parole ») et prière à l’Esprit saint, que, dans le débat respectueux, peut s’opérer le discernement, un discernement personnel mais surtout collectif, de la volonté de Dieu pour l’ici et maintenant.
De même, les personnes déléguées au synode n’ont pas de consignes de vote, mais elles ont participé dans leur Église locale à la première étape, locale, de discernement, lors des débats sur le thème synodal et sur les enjeux régionaux (finances, projets communs, etc.) et sont donc capables de porter la voix de leur communauté locale. À chaque étape, les points de vue sont plus variés, viennent de milieux plus divers ; seul le Saint-Esprit permet de voir de croiser ces différentes voix, ces différents témoignages, et d’en faire émerger un discernement toujours hésitant et imparfait de l’appel de Dieu pour son Église.
Claire Sixt-Gateuille