« Les gardes en eurent une telle peur qu’ils se mirent à trembler et devinrent comme morts » (Mt 28,4)
Lorsque l’ange roule la pierre, la peur saisit les humains. Rien de plus naturel que d’avoir peur face à quelque chose que l’on ne saisit pas. Mais cette peur produit des résultats différents : en Mt 28,1-10, il y a la peur des gardes et celle des femmes.
La peur des gardes les paralyse. Ils se mettent à trembler et sont comme morts. Cette peur les immobilise, enfermés qu’ils sont dans une logique de maintien de l’ordre, de l’existant, du statu quo. Elle les paralyse parce qu’ils se retrouvent dans une position intenable, dramatique : ils doivent garder le tombeau pour obéir à Pilate, mais ils ne sont pas en mesure de le faire, car on ne s’oppose pas au merveilleux lorsqu’il survient… Ils sont dans une sorte d’état de choc, de sidération, d’état traumatique.
Ce n’est pas la première fois que des gardes ont peur. Ceux qui étaient de faction au pied de la croix ont également eu peur lorsque Jésus est mort et que la terre s’est mise à trembler (Mt 27.54). Cette peur les a amenés à confesser : « Il était vraiment le Fils de Dieu ! ». Mais cela n’a rien changé pour eux. Il « était » le Fils de Dieu : comme Héraclès ou Persée. C’était donc un héros, mais il est mort… Leur confession n’est pas liée à une espérance, elle n’est que la reconnaissance d’une singularité terrestre. Alors, un ange qui vient sortir Jésus du tombeau trente-six heures plus tard, c’est plus qu’ils n’en peuvent supporter ! Ils sont « comme morts », comme s’ils venaient remplacer Jésus dans le tombeau.
La peur des femmes, au contraire, les met en mouvement. Cette peur est encadrée par deux paroles d’apaisement, celle de l’ange et celle de Jésus « N’ayez pas peur. » Certes, on ne peut pas aller contre la réaction physiologique, elles sont tout de même remplies de “crainte” (Mt 28,8) – le même mot phobos qui désigne la peur des gardes. Mais leur peur se mêle à la joie. Elle se mêle d’espérance.
Elles ont été nourries de promesse, d’annonce d’un relèvement de Jésus. Alors à la crainte – c’est si difficile d’y croire, il faut du temps – se mêle la joie et l’élan de la course, pour aller annoncer aux disciples le tombeau vide et le message de l’ange. Non seulement la crainte est bien naturelle, mais dans la Bible hébraïque, elle est la « bonne » réaction face à Dieu ! La crainte de Dieu est la marque du respect qu’on lui porte et de l’autorité qu’on lui donne. « Le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur », dit le Psaume 111.
Non seulement la peur des femmes ne les paralyse pas, mais elle témoigne de leur respect de Dieu, et leur joie dit l’effet sur elles de l’annonce de la résurrection, joie qu’elles vont pouvoir annoncer autour d’elles. « Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! »
Claire Sixt-Gateuille